Ethics

Durant mon précédent article, j’ai essayé de faire la distinction entre juridique et éthique et d’enlever les ambiguïtés qui gravitent autour de ce sujet.

Dans l’épisode d’aujourd’hui, je vais essayer de présenter une sorte de guide pour structure son raisonnement éthique et comment avoir une réflexion éthique dans un monde en pleine mutation technologique.

Si l’éthique n’est pas ni du juridique ni une science exacte, cela veut dire que les valeurs morales et les valeurs éthiques ne sont pas d’origine de la vérité et de la démonstration. Il est inutile de vouloir convaincre quelqu’un qu’une valeur morale ou éthique est une valeur. Je m’explique.

Souvent dans les chartes éthiques des entreprises, les mots affichés sont des qualités et non pas des valeurs. Il y a une différence entre les qualités et les valeurs éthiques. Par exemple l’excellence, n’est pas une valeur éthique ou morale. C’est une qualité.

La grande différence entre une valeur et une qualité est qu’une qualité peut viser le pire comme le meilleur. Exemple : un tueur peut être un excellent tueur, un terroriste peut être un excellent terroriste. Donc, les qualités ne sont pas forcément des valeurs éthiques. Un autre exemple, la fidélité n’est pas une valeur morale parce qu’on peut être fidèle à un régime dictatorial.

Pour faire simple, une qualité peut viser le pire comme le meilleur alors qu’une valeur morale spécifie la bonté de la finalité qu’elle vise et elle est indiscutable. Par exemple, la beauté est une valeur morale. Si une personne trouve qu’un objet est beau, on ne peut pas s’y opposer parce que c’est la valeur de la beauté qui a commandé son choix et sa réflexion.

La difficulté ici est qu’on ne peut rien démontrer éthiquement. Celui qui va commencer à rationaliser en disant ceci est plus éthique et ceci est plus morale est dans un faux raisonnement. L’éthique est à l’origine d’une conviction profonde. Elle n’est pas de l’ordre de la vérité, elle est de l’ordre de l’adhésion.

Exemple : l’accueil des immigrants. Certains pensent que ce flux migratoire peut avoir des conséquences négatives sur l’économique d’un pays. Mais si on prend comme valeur suprême la solidarité, on peut toujours argumenter sur les conséquences économiques de l’accueil des immigrants, mais ça sera un débat stérile car la valeur morale est plus importante que les arguments économiques.

La seule façon d’invalidé une valeur morale consiste à lui préférer une autre valeur, c.-à-d. dans ce contexte précis ce n’est pas la valeur de la solidarité qui doit primer mais la valeur de la sécurité par exemple.

Il y a principalement deux types de conflits de valeurs :

  1. Valeurs privées : la beauté au sens où beaucoup de nos comportements / choix dans la vie sont dictés par cette valeur. Mais c’est très difficilement avouable parce que la beauté est injuste et considérer comme superficielle. C’est le cas avec la chirurgie esthétique. Beaucoup de personnes ont fait recourt à ce type de chirurgie car la beauté est une valeur importante dans notre vie mais elle est peut partager en public.
  2. Valeurs publiques : par exemple la solidarité, on peut très publiquement la revendiqué sans aucun problème.

Une valeur éthique est réversible c.-à-d., elle peut être une qualité dans un certain contexte et un défaut dans un autre et cela devient intéressant lorsque les registres de valeurs s’opposent.

Quand on regarde les débats télévisés et les affrontements classiques, les gens se déchainent sur un sujet insoluble parce que chacun à ses propres valeurs. Ce qui est important pour déceler et déjouer ces conflits et ces discours de sourds est de monter d’un cran et de dire sur quel registre de valeurs en se place.

Si on prend le cas de faire un aéroport dans une ville, il y aura des gens qui vont s’opposer à ce projet pour des raisons écologiques et il y aura d’autres qui vont encourager le projet pour des raisons économiques.

Dans ce cas de figure, on est dans une situation irrésolvable car les deux valeurs (écologie et économie) sont en opposition. Donc, comment peut-on trancher ? Et c’est à ce moment qu’il faut quitter la valeur et aller sur les registres de valeurs en disant : dans ce contexte précis, quelle est la priorité ? Est-ce que c’est l’économie ou l’écologie ? Il faut prioriser pour dénouer cette situation et c’est ce match entre registres de valeurs qu’on doit comprendre pour résoudre tous types de conflits (personnelles, professionnels, politiques, etc.).

Un autre exemple, la politique. Les partis de gauche sont très axés sur les aspects de la solidarité et les partis de droite (libéral) sont axés sur la liberté. Les deux camps portent des valeurs éthiques et on ne peut pas dire qu’il y a une valeur qui peut l’emporter sur l’autre. Ça sera un débat sans fin. Pour pouvoir trancher, il faut prendre en compte le contexte dans lequel se trouve le pays actuellement et se poser les bonnes questions : est-ce qu’on a besoin de plus de sécurité ? Est-ce qu’on a besoin de plus de solidarité ? Et c’est ce questionnement et cette réflexion rationnelle qui va nous permettre de pouvoir trancher et prendre la décision adaptée par rapport à ce contexte.

Dans chaque problème éthique, il est possible de se poser les questions suivantes pour savoir comment se situer éthiquement :

  1. Est-ce que c’est une éthique maximaliste ou minimaliste ?
    Est-ce l’entreprise qui doit être partie prenante dans le morale / l’éthique du produit qu’elle est en train de développer ? Est-ce l’état qui doit être une partie prenante dans la moralisation de la société ? Est-ce à l’entreprise ou à l’état de décider quoi faire ?
    Si la réponse est oui, c.-à-d. on est dans une éthique maximaliste où l’entreprise ou l’état doit promouvoir certains comportements éthiques. Dans la majorité des pays, l’état a un grand pouvoir sur les comportements éthiques et moraux des individus.
    Si la réponse est non c.-à-d. on est dans une éthique minimaliste où les comportements éthiques et moraux ne dépendent que des individus.
  2. Est-ce qu’on se positionne dans une éthique déontologiste ou conséquentialiste ?
    L’éthique déontologiste : est-ce que l’intention doit primer sur les conséquences de ce qu’on fait ? Est-ce que le fait de faire un produit en ayant une bonne intention peut rendre l’légitime l’usage ou l’utilisation de ce dernier ?
    L’éthique conséquentialiste : il y a que les conséquences qui doivent comptées, peu importe l’intention de la personne. Ce qui compte c’est le résultat et les conséquences.
  3. Est-ce que c’est une éthique de responsabilité ou de conviction ?
    Est-ce une question de principe ou en fonction des situations qu’on oriente son choix ?

J’espère que à travers cette série d’article j’ai réussi à clarifier l’importance de l’éthique dans le monde de l’informatique et des nouvelles technologies.